Un tiède et clair matin de l'an 1544…
Sous un ciel léger, d'un joli bleu satiné, la grand'rue Saint-Martin s'animait. Déjà circulaient les innombrables marchands ambulants : marchands de volailles, de légumes, de fruits, de charbon, de chandelles de coton, de mèches de jonc pour les lampes ; les raccommodeurs, les baigneurs, les ferrronniers, les accortes pâtissières portant sur de coquets éventaires, flans, tartes et gâteaux de riz tout chauds ; les débitants de vins conduisant des ânes chargés d'outres velues ; les gentilles fleuristes en jupe troussée ; les moines quêteurs, les pauvres écoliers, les aveugles des Quinze-Vingts, tous la besace sur l'épaule et implorant la charité publique d'une voix lamentable : ; les jongleurs et bateleurs, tout ce monde allant, venant, s'agitant, se démenant, criant, glapissant, psalmodiant, déclamant, riant et plaisantant ici, s'injuriant, et se disputant ailleurs, remplissant la rue d'un grouillement intense, de clameurs assourdissantes.
L'auberge de la Pie Borgne dressait son perron de grès, surmonté de son enseigne de fer forgé qui grinçait à tous les vents, juste au beau milieu de la rue Saint-Martin, vis-à-vis de la rue de la Bauderre, qui devait prendre plus tard le nom de rue Maubuée et que nous appelons aujourd'hui la rue Simon-le Franc.